LINDSAY (V.)


LINDSAY (V.)
LINDSAY (V.)

LINDSAY VACHEL (1879-1931)

Pour avoir gagné le cœur et l’oreille de l’Amérique de son temps d’une façon quelque peu spectaculaire, Nicholas Vachel Lindsay, troubadour américain amoureux du Middle West, génial précurseur, est sans doute un des poètes des États-Unis les plus connus et les plus méconnus à la fois. Félicité par Yeats en 1914 pour un poème religieux écrit à la mémoire du fondateur de l’Armée du Salut (General William Booth Enters into Heaven ) et qui portait, en marge, des instructions «musicales», Lindsay répondit publiquement en scandant d’une voix forte les rythmes «africains» du «Congo». En rupture brutale avec l’académisme et la mièvrerie de la poésie américaine du moment, il ne put dès lors échapper aux étiquettes d’«évangéliste» et de «poète du jazz» — musique qu’il détestait. L’œil de la critique et du public refusa de se porter sur une œuvre complexe: on ne voulut retenir que les sonorités et les percussions.

Pourtant Lindsay, né à Springfield (Illinois) le 10 novembre 1879 dans une famille campbellite, ne semblait en rien destiné à une telle réputation. Fils d’un médecin et d’une militante religieuse, il manifesta peu de goût pour le métier de son père et interrompit ses études médicales pour les beaux-arts. À Chicago, puis à New York, il étudia la peinture et le dessin et se donna une solide culture artistique. Robert Henri et William Chase, ses professeurs, lui conseillant d’opter pour la poésie, Lindsay s’attacha alors à développer en vers la cosmogonie très personnelle qui lui avait fait dessiner, dès 1904, une Carte de l’univers et ébaucher les grandes lignes de sa vision (The Tree of Laughing Bells , Where Is Aladdin’s Lamp? ). Militant social et politique, il entre en guerre ouverte avec sa ville natale en publiant des pamphlets contre le mauvais goût, le commercialisme et le chauvinisme (War Bulletins ), prononce des conférences sur l’art devant les mineurs, milite contre l’alcoolisme et le racisme. Passionné d’art et convaincu de sa nature démocratique, Lindsay vagabonde à pied de par les États-Unis en 1906, 1908 et 1912, échangeant gîte et couvert contre la cantilation de ses vers et le commentaire de son «évangile de beauté». À compte d’auteur, il publie un recueil de textes et d’images entièrement confectionné par ses soins, The Village Magazine , dont paraîtront plusieurs éditions.

Découvert par Harriet Monroe qui publie Booth et quelques Moon-Poems dès 1912 dans Poetry , Lindsay va alors gagner sa vie à réciter ses poèmes devant des foules considérables. Mais le Higher Vaudeville que lui réclame le public et pour lequel son nom demeure connu aux États-Unis n’est qu’un aspect de son talent et de son activité.

Dès 1913-1914 il écrit The Art of the Moving Picture (1915), premier ouvrage critique et théorique jamais écrit sur le cinéma. Sa passion pour l’art égyptien et oriental, sa conception chamanique de la poésie lui donnent le désir de concevoir à l’usage des Américains un système de «hiéroglyphes» propres à exprimer dans des textes poétiques à haute qualité visuelle les composantes les plus fermes et permanentes de l’imaginaire de son pays. C’est ainsi qu’à Booth et The Congo (1913 et 1914), aux récits de voyages à pied (Adventures While Preaching the Gospel of Beauty , A Handy Guide for Beggars , 1916) s’ajouteront d’abord The Chinese Nightingale (1917) et The Golden Whales of California (1920) qui explorent la possibilité de semblables vignettes; puis Going-to-the-Sun (1923), les deux éditions des Collected Poems (1923 et 1925) aux passionnantes préfaces, Going-to-the-Stars (1926).

L’infortunée parution d’un choix de ses poèmes en Grande-Bretagne sous le titre The Daniel Jazz (1920) confortera l’image du bruyant baladin aux yeux de la critique et occultera complètement la parution, la même année, du livre auquel Lindsay tient le plus et auquel il travaille depuis le début du siècle: The Golden Book of Springfield , sorte d’utopie esthétique où la passion du poète pour l’art, la démocratie et la religion ne parvient pas à s’imposer. Visionnaire et enthousiaste, Lindsay ne trouve pas toujours les formes rigoureuses adéquates à ses ambitions.

En 1925, il épouse Elizabeth Conner, dont il aura deux enfants, et vit à Spokane (Washington) jusqu’en 1929. Ses recherches constantes sur les signes, hiérogrammes et hiéroglyphes qui pourraient dire «l’âme des États-Unis» lui font poursuivre, ou reprendre, d’anciennes expériences sur l’histoire, la chorégraphie, la calligraphie, la mythologie. The Candle in the Cabin (1926), Johnny Appleseed (1928), Every Soul Is a Circus (1929) et The Litany of Washington Street (1929) en témoignent.

Épuisé par le rythme de son existence itinérante, éprouvé par les restes de graves crises nerveuses qui l’avaient terrassé en 1923-1924, enfermé dans une image publique de lui-même qu’il récuse, financièrement aux abois, Vachel Lindsay met fin à ses jours le 5 décembre 1931.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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